Opinion : Célébrités, chirurgie bariatrique et perte de poids

Récemment, j’ai lu un article publié par La Presse disant que la chanteuse américaine Mariah Carey venait de subir une opération de chirurgie bariatrique pour perdre du poids. Lien vers l’article ici. En effet, la vedette aurait eu recours à une gastrectomie verticale, une intervention chirurgicale pour retirer les deux tiers de son estomac. Plusieurs questions me sont venues à l’esprit : quel est l’impact de cette nouvelle dans les médias ? Quel message cela envoie-t-il à la population ? D’ailleurs, on sait bien que la médiation des choix de certaines vedettes populaires peut avoir un impact sur la population.

 

 

C’est bien démontré : la chirurgie bariatrique est une intervention reconnue, largement supportée par la science et efficace pour la perte de poids chez les obèses sévères. Il existe divers types de chirurgies bariatriques. Comme rapporté dans l’article, la gastrectomie verticale est une opération réalisée sous anesthésie générale qui consiste à retirer les deux tiers de l’estomac par laparoscopie. Le volume de l’estomac passe alors de 1000 ml à 60-100 ml. Et l’apport alimentaire doit diminuer en conséquence. C’est une solution chirurgicale pour traiter l’obésité afin d’améliorer l’état de santé du patient. Elle est seulement indiquée pour les personnes ayant un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 35 et ayant des comorbidités associées à l’obésité. Ou avec un IMC de 30 si elles ont le diabète. La chirurgie est généralement refusée pour les personnes ayant un IMC inférieur à 30. 

 

En tant que tel, je considère que la chirurgie bariatrique est une intervention qui a sa place et doit être considérée comme un choix pour les individus atteints d’obésité sévère. Certaines personnes (selon leur situation ou/et en présence de certaines pathologies ou maladies) n’ont pas d’autres options. Ainsi, comme dans n’importe quel domaine, je considère qu’il s’agit du cas par cas. À mon avis, la personne doit toutefois y penser à deux fois avant de passer sous le bistouri. Comme rapporté dans l’article, ce n’est pas un passeport pour la santé, ce n’est pas LA solution ULTIME qui permettra de se débarrasser de l’excédent de poids à jamais.

 

Malgré ce qu'on peut penser, la chirurgie bariatrique implique également un changement dans ses habitudes alimentaires à court et à long terme. « Pourtant, un suivi et un soutien n’ont pas toujours lieu, constate Josée Gauvin, nutritionniste-psychothérapeute spécialisée en troubles alimentaires et en obésité et fondatrice de la Clinique psychoalimentaire, à Montréal. Près de 20 % de sa clientèle a recours à la chirurgie bariatrique. Mais la majorité reprend une bonne partie de son poids par manque de préparation et de suivi, remarque-t-elle. « Et se retrouver avec une tasse de nourriture au maximum à chaque repas pour le reste de sa vie, c’est extrêmement difficile pour la majorité des gens », dit-elle. »

 

En ce sens, la chirurgie bariatrique est une intervention qui IMPLIQUE beaucoup de la part du patient. C’est loin d’être une intervention unique qui se termine à l’heure où le patient quitte la salle d’opération… J’ai déjà entendu dire que certaines personnes faisaient exprès pour prendre du poids pour être éligibles à la chirurgie bariatrique… j’espère sincèrement que ce n’était qu’une rumeur.

 

D’un autre côté, est-ce que le fait de changer ses habitudes de vie est réellement quelque chose de si difficile, voire impossible ? Depuis que je travaille en recherche clinique (depuis bientôt 4 mois déjà), je rencontre chaque semaine une multitude de gens différents, de divers milieux et d'autres cultures. Chacun d'entre eux possède une personnalité différente, vit des épreuves ou non, a des enfants ou non, mais ils ont tous un point en commun : un intérêt à perdre du poids et à changer leurs habitudes alimentaires. Durant les rencontres, mon rôle est de leur fournit des outils, des conseils personnalisés en fonction de LEUR situation afin de les aider à contrer diverses barrières (assez similaire à ce que je fais également en clinique privée).

 

Par conséquent, je vois beaucoup de gens pour qui la perte de poids est un succès. Et bien sûr, le terme « succès » est relatif. Qu’est-ce que je constate que ces personnes ont en commun ? Elles planifient et prévoient leurs repas/collations, elles demeurent flexibles dans leurs choix, elles se défont de la vision dichotomique des aliments, elles adhèrent à leur plan et, le plus important, elles prennent conscience que cela implique des choix et des efforts au quotidien. « La vie, c'est au quotidien que ça se vit » comme l’a dit Serge Beauchemin dans une récente conférence à laquelle j’ai assisté.

 

D’ailleurs, ces personnes retirent souvent de leur expérience de nombreux constats positifs plus profonds qui ne sont seulement relié à leur physique : prise de conscience, augmentation de la sensation de bien-être, meilleure estime d’eux-mêmes, amélioration de leurs relations…

 

À l'inverse, je vois également beaucoup de gens qui ont des attentes démesurées, qui ne sont jamais satisfaites de leurs progrès, qui en veulent toujours plus, même si elles ont déjà de beaux résultats. Dans ces cas, ce n’est pas la perte de poids (ou une chirurgie bariatrique!) qui va régler le problème… cela relève davantage d’un changement d’attitude et d’un travail sur eux-mêmes.

 

Bref, je suis mitigée. Je ne suis pas « pour » ou « contre » la chirurgie bariatrique. Je considère que c’est du cas par cas. Certes, comme je l’ai mentionné, la chirurgie bariatrique est l’option de choix pour certaines personnes, mais l’est peut être moins pour d’autres. Il est évident que le fait de modifier ses habitudes alimentaires n'est pas chose facile. Mais d'un autre côté, ce n'est pas impossible non plus. J’en ai la preuve chaque jour à mon travail.

 

L’accent doit continuer d’être mis sur la prévention, sur l’éducation : davantage de ressources doivent être disponibles, pour que plus de gens aient accès à des outils, à des professionnels de la santé dans le domaine de la nutrition et de l’activité physique. Cependant, notre rôle en tant que professionnel de la santé a ses limites. Au final, chaque personne est la seule et unique responsable de ces choix alimentaires, de la nourriture qu’elle choisit de porter à sa bouche, de la quantité qu’elle ingère et de chaque coup de fourchette…
 

 

 

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