Le fructose, le diabète, les boissons sucrées et des rats sucromanes : retour sur la journée de formation sur la thématique du sucre (partie 1)

Vendredi dernier, j’ai assisté à une formation continue portant sur la thématique du sucre. Elle avait lieu à l’Université Laval et était organisée par l’équipe du chercheur Dr Angelo Tremblay. Il n’y a pas à dire, cette formation tombait à point : le sucre… c’est LE sujet de l’heure ! Déjà depuis mon inscription (en fait j’étais bénévole, puisque je fais partie de l’équipe héhé), j’avais une foule de questions et de sujets dont j’espérais entendre parler. Quels sont les « meilleurs » sucres aux yeux des spécialités dans le domaine ? Quels sont les effets réels sur la santé ? Comment l’industrie amène des changements à leurs produits tout en conservant la qualité ? Et les édulcorants dans tout ça ? J’avais hâte d’entendre des experts se prononcer sur ces sujets, autant du domaine de l’industrie que de la recherche universitaire, et d’en apprendre davantage. Évidemment, c’était aussi une belle occasion de revoir certains collègues et amis !

 

Sans l’ombre d’un doute, ce fut l’une des formations continues des plus intéressantes auxquelles j’ai assisté. Dès la fin de la journée, j’étais déjà impatiente de vulgariser et transmettre ces nouvelles connaissances.

 

En ce qui concerne le déroulement de la journée, nous avions 6 conférences prévues à l’horaire. Pas question de chômer ! La première conférence, donnée par le chercheur Dr André Marette, avait pour titre : la biologie du sucre : particularité des molécules et implications cliniques. Honnêtement, cette conférence fut ma préférée de la journée, suivi de celle du Dr Angelo Tremblay, mon directeur de recherche. Monsieur Marette a su présenter son contenu de façon captivante et très éducative, enchainant statistiques, faits, mécanismes physiologiques et notions biochimiques avec brio. L’expérience accumulée des congrès, conférences et présentations scientifiques parlait d’elle-même. 

 

Il a débuté sa conférence en abordant le fructose, ce fameux sucre pointé du doigt comme étant le démon des temps moderne. Une notion abordée m’a surprise : saviez-vous que l’on retrouve du fructose dans le liquide séminal dans lesquels baignent les spermatozoïdes ? Et oui, ces derniers se nourrissent de fructose ! En d’autres mots, sans fructose, on ne pourrait pas se reproduire ! Hormis ce fait plutôt cocasse, le fructose n’a pas une mauvaise réputation pour rien. En effet, plusieurs études démontrent ses effets négatifs sur la santé. Lorsqu’il est consommé de façon isolé, notamment dans des boissons sucrées, sa surconsommation peut entrainer un stockage de gras important au foie, une résistance à l’insuline, une augmentation de la graisse viscérale (au niveau des organes) et une perturbation des niveaux de cholestérol sanguin… mais attention ! Lorsque le fructose est consommé par l’entremise d’un fruit par exemple (oui, les fruits sont naturellement riches en fructose) l’impact est différent puisqu’il fournit aussi des fibres, des antioxydants et de l’eau qui interfèrent avec les effets potentiels. Donc, sans surprise, les fruits sont à privilégier aux boissons et autres aliments sucrés transformés ! 

 

Concernant le fameux sirop à teneur élevé en fructose (communément appelé HFCS en anglais), il est souvent pointé du doigt pour ses effets potentiellement néfastes sur la santé. Je vous rappelle que cet ingrédient est utilisé très fréquemment comme agent sucrant dans la fabrication des aliments transformés, comme les boissons gazeuses, biscuits, barres tendres et autres délices sucrés. Verdict ? Ce sirop sucré cause-t-il plus de tord sur la santé que le sucre de table ? À l’heure actuelle, les études ne montrent pas clairement que le sirop à teneur élevé en fructose (HFCS) comparativement au sucrose (sucre de table) est plus délétère sur la santé. En ce sens, les deux ont des impacts sur la santé, lorsque consommés en grandes quantités.

 

Monsieur Marette a également mis l’emphase sur les boissons sucrées, dont l’augmentation exponentielle de leur consommation durant les dernières années, qui coïncide avec l’augmentation de la prévalence mondiale de l’obésité. Saviez-vous que la consommation d'une à deux canettes de boissons sucrées par jour augmente le risque de diabète de 26% ? Selon lui, c’est clair et net : il faut éviter le plus possible les boisson sucrées, comme les boissons gazeuses ordinaires, les punchs et boissons aux fruits. Concernant les jus de fruits purs, saviez-vous que le Canada est le champion de la consommation de jus de fruits ? En effet, le Canada est le pays où la consommation de jus de fruits purs à 100% a augmenté le plus durant les dernières années. Qu’en est-il du point de vue du Dr Marette sur le sujet ? Il demeure mitigé, puisque d’un côté, les jus de fruits sont une source importante de sucres rapides et dénudés de fibres, tandis que de l’autre, ils sont aussi une source d’antioxydants, comme les polyphénols, qui ont des effets protecteurs au niveau cardiovasculaire.

 

Comme vous pouvez le constater, les scientifiques ont rarement un point de vue noir ou blanc ! Concernant certains sujets en nutrition, nous sommes souvent dans une zone grise, et celle-ci varie d’intensité en fonction des résultats des études scientifiques les plus récentes. Dit autrement, notre point de vue varie en fonction des résultats des nouvelles études sur les sujets (et non pas une seule !). 

 

D’un autre côté, quelques statistiques récentes sur l’obésité que Dr Marette a présenté sont alarmantes : si la tendance se maintien, d’ici 2025, la prévalence mondiale de l’obésité atteindra 18% chez les hommes et surpassera 21% chez les femmes…tandis que la prévalence de l’obésité morbide surpassera 6% chez les hommes et 9% chez les femmes. Le tableau n’est pas plus rose en ce qui concerne la prévalence du diabète. Le nombre d’adultes atteints de diabète dans le monde est passé de 108 millions en 1980 à 422 millions en 2014 ! Cela s’expliquerait entre autre une prévalence plus élevée, l’accroissement et le vieillissement de la population mondiale.

 

De surcroît, le Dr Marette a aussi abordé la question : est-ce que le sucre est une drogue ? Cette fameuse association que l’on peut souvent voir ces temps-ci comme titre d’article sur internet ou bien sur la nouvelle couverture d’un livre… Avant de répondre à la question, il faut vaguement aborder un mécanisme purement biologique : suite à la consommation d'une drogue, certaines réactions sont enclenchées au niveau du cerveau et une substance, appelée dopamine, est relâchée. Elle a pour effet de créer une sensation de plaisir et d’enivrer l’individu. Cependant, ce même phénomène est observé lorsqu’un individu consomme du sucre, mais aussi lorsqu’une mère caresse son enfant ou bien qu’on écoute une musique qui nous plaît… Surprenant non ? Il demeure important de relativiser chaque élément dans son contexte et de constater que, à l’instar du sucre, plusieurs choses qui nous procurent du plaisir ne sont pas pour autant considérées comme une dépendance pathologique ! De plus, monsieur Marette a présenté une diapositive sur les rats sucromanes qui m’a fait sourire… et oui les rats aiment le sucre, comme nous ! Lorsqu’ils ont à choisir entre du sucre et de la cocaïne… ils choisissent le sucre ! Pas pour rien que Ratatouille aimait tant cuisiner…

 

Enfin, monsieur Marette lance également un livre sur la thématique du sucre en septembre prochain. Il aura possiblement pour titre : La vérité sur le sucre. Décidément à ne pas manquer afin d’en connaître plus sur le sucre !

 

La suite dans un prochain post...

 

 

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